Une nouvelle théâtrale
LOUISE (un double, subconscient)
CAMILLE
MADAME DUSMOULIN
SUZANNE
LUDO
ARMAND
MADAME HENRY
LE PION
LA PIONNE
Je crois que j’ai trop mangé encore ce midi. Ils sont mignons avec leur burger-frites du vendredi, mais ça aide pas à finir la semaine éveillée. A chaque fois je me fais avoir. Le matin je me dis que je vais prendre l’autre plat, une salade ou un truc avec des légumes, mais forcément quand t’arrives le ventre creux dans la cantine et que ça sent le gras comme ça… Bon c’est pas grave, le vendredi c’est jamais des cours très importants. Les profs le savent bien qu’on est déjà mort. Enfin bon, là c’est concours blanc la semaine prochaine. Elle a pas l’air de vouloir nous laisser tranquille la Dusmoulin aujourd’hui. Je vais faire ce que je peux. Ce que j’ai mal au ventre par contre ! C’est pire que d’habitude. Attends, mais ça ressemble presque à des douleurs de règles ça.
Arrête de gigoter comme ça, tu me déconcentres !
Désolée mais j’ai trop mal, je sais pas ce qu’ils ont mis dans le burger aujourd’hui mais ça passe pas.
Pense à autre chose et laisse moi me concentrer. T’as entendu ce qu’elle disait juste avant ?
Elle parlait de Lamartine je crois.
Ça fait une heure qu’elle parle de Lamartine, merci de ton aide…
Ce qu’elle peut être chiante quand elle est stressée Camille. C’est bon elle va le réussir son concours blanc, comme à chaque fois de toute façon. Bon, se concentrer… La poésie comme un miroir de l’être,***** Non mais attends j’y pense, on est quel jour ? Ça devrait faire déjà une semaine qu’elles auraient dû débarquer mes règles. Je suis pas tout à faire sûre en fait, faut que je vérifie.
chuchotte
Camille ?
Quoi encore ?
Tu peux pousser ta chaise pour que j’attrape mon sac ?
Non mais t’es pas chiante toi aujourd’hui.
Oh ça va ! Merci je l’ai, je te dérange plus, promis.
en pensées
Vendredi 26, la dernière fois que je les ai eu c’était quand ? Forcément à chaque fois c’est pareil, je me dis que je vais tenir un calendrier pour plus me prendre la tête mais j’oublie toujours de noter quand elles arrivent. Dans un sens ça fais travailler ma mémoire. Bon, la dernière fois c’était quand ? Je me souviens qu’il avait un repas de famille, j’ai douillé toute l’après-midi pour rester à table. C’était l’anniversaire de Jules ? Attends non je crois que c’était la galette des rois. C’est pas possible, on a fait la galette il y a deux semaines seulement. Ah ben oui je suis con, c’était Noël, je serai jamais restée à table sinon. Oui c’est ça, je voulais faire plaisir à mamie. Donc si je compte bien, on va dire vingt-huit à partir du… aller on va dire qu’elles se sont arrêtées le 25,26,27… allez le 28 décembre. On est pas à un jour près non plus.
On peut savoir ce que vous compter sur vos doigts mademoiselle Colin ?
Rien, pardon madame.
Rangez moi votre agenda, vous voulez ? Bon j’en étais où ? Oui Suzanne ?
Vous parliez du voleur de flamme madame.
Ah oui, le voleur de feu — hein Suzanne, pas de flamme, de feu. Si vous mettez flamme dans votre copie c’est un zéro assuré. Donc Rimbaud, dans sa correspondance avec Paul Demeny compare le poète à prométhée…
Quelle pimbêche cette Suzanne, je vous jure. Elle fait genre mais en fait elle est toujours à côté de la plaque. Pas comme Camille, elle, elle sait tout dans le moindre détail, mais elle prends jamais la parole pour ne rien dire, surtout pas pour lécher les bottes des profs en tout cas. C’est vraiment la meilleure Camille, j’espère qu’elle ne m’en veux pas trop de l’avoir dérangée. Bon, je vais devoir calculer dans ma tête, sans mes doigts, sans mon agenda. Coton ! Surtout avec ce mal de ventre. Je commence à avoir chaud en plus. En vrai ça peut sans doute attendre la fin du cours. Oui, oui, je vais me concentrer et puis je verrai à la pause. Alors Rimbaud, mettre la citation juste si on en mets une…
Je ne vous le répéterai jamais assez : si vous mettez une citation connue il faut qu’elle soit exacte. Sinon ça fait l’effet inverse de ce que vous vouliez, vous passerez pour un clown. Le mieux, si votre mémoire vous le permet, c’est quand même de prendre une citation moins connue. Tous le monde va prendre la citation du voleur de feu. Vous attirerez l’attention des correcteurs si vous parlez plutôt du poète voyant. Rimbaud écris en effet, dans la même lettre : “Le poète se fait voyant par un long, immense et dérèglement de tous les sens.” En prenant cette citation vous accentué sur la transformation nécessaire du poète pour accomplir sa mission qui est celle d’éclairer les hommes. Vous voyez ce que je veux dire ?
Ah oui je vois très bien, ça fait chic en plus mais je vais essayer de retenir les citations connues ça sera déjà pas mal. En plus j’ai jamais rien compris à cette histoire de voleur de feu, c’est vraiment de la branlette intellectuelle. Pour moi la poésie elle change le monde oui, mais c’est pas parce qu’un type, plus malin que les autres nous apporte la lumière. Le feu il est déjà en nous, c’est ce que je ressens quand je lis de la poésie moi. Bien sûr je le dirai jamais comme ça dans un examen, les correcteurs s’en foutent de ce que je pense moi, ils préfèrent l’avis de Rimbaud l’aventurier ! Quel poète frimeur celui là quand même. Il me fera toujours penser à Nicolas, frimeur aussi dans son genre. Pour citer du Rimbaud ça il savait faire, mais pour me quitter dignement, là il y avait plus personne. J’en reviens toujours pas qu’il ai envoyé son meilleur pote pour me dire que c’était fini. En plus Ludo a pas été très fin non plus, enfin bon c’est pas de sa faute. Le pauvre il se retrouvait messager dans une histoire qu’était même pas la sienne. Il m’a brisé le cœur par procuration. Dire qu’il avait toujours eu un crush sur moi. Si j’avais su à l’époque… Enfin, il a qu’à mieux choisir ses potes aussi, je vais pas le plaindre non plus ! N’empêche que je l’ai vu venir à quinze mille. Sa tête de chien battu à l’entrée du ciné.
tout haut Il est pas là Nico ? Que je lui dis. C’est lui qui a choisi le film quand même, ça serait bien qu’il soi pas en retard comme d’habitude.
Il va pas venir Nico.
Tu déconnes ? Pourquoi, il s’est passé un truc ?
Non, non il s’est rien passé. C’est juste qu’il est avec Elsa ce soir finalement.
Elsa ? Mais qu’est-ce…
pensées
Là Ludo m’a regardé avec son air désolé et j’ai compris. Je me suis sentie tellement bête à ce moment là. Ça faisait un moment que je la voyais venir cette Elsa. Depuis qu’elle était revenue de son séjour linguistique au Canada - anglophone bien sûr - tous les gars de 1ère lui tournait autour. Nico avait été plus subtile mais ça se voyait qu’il était comme tous les autres, complètement fou de cette belle blonde au yeux bleu. Enfin, moi aussi je suis blonde au yeux bleu, mais pas assez visiblement. Bref, il était devenu son grand pote de pause clope. Ils se filaient filtres, papiers, tabac et j’en passe. Ils avaient même arrêté de compter ce que l’un devait à l’autre. En rigolant j’avais quand même dis à Nico que j’étais un peu jalouse, que je les avait à l’œil. « Mais non c’est juste une pote, arrête de voir toutes les filles comme des concurrentes. C’est pas très féministe. ». Il avait dit ça de façon beaucoup trop agressive pour quelqu’un qui n’avait rien à se reprocher. Mais c’était
vrai, je méfiais d’elle alors que dans l’affaire c’était lui le connard. J’étais bien trop amoureuse pour le voir.
Ludo savait plus trop quoi dire, il a haussé les épaule, fais une moue et a posé une main sur mon épaule comme pour me dire « ça va aller ». A l’intérieur de ma tête c’était le feu, j’étais piquée dans mon orgueil et tellement triste en même temps. Je perdais à la foi mon amour et ma dignité. « Allez hop, il y en a un peu plus je vous le laisse ? » Avec Ludo qui attendait que je réagisse, le film qui commençait dans dix minutes, le soleil qui me brûlait le haut du dos : c’était l’apocalypse. Va savoir pourquoi Ludo s’est senti obligé de rajouter une phrase, sûrement soufflée par ce lâche de Nico :
Il faut l’avouer Pauline, c’est vrai que ça n’allait plus trop fort entre vous depuis un moment déjà.
Je l’ai fusillé du regard et suis rentrée en trombe dans le ciné, heureusement il restait encore des places, j’allais pouvoir me planquer dans le noir pendant 2h, le temps de digérer le gros de l’affaire. Qu’est-ce qu’il en savait lui Ludo de notre histoire ? C’est vrai ça, ça n’allait plus fort mais bon, la faute à qui… Bref, en parlant de digérer j’ai encore bien mal au ventre moi et puis j’ai loupé tous le cours, j’ai à peine une feuille de note en 2h.
Ne me fais pas les yeux doux comme ça, tu sais très bien que je vais te les filer mes notes.
T’es vraiment la meilleure !
Toujours là pour toi ma belle. Tu viens avec nous on va réviser au CDI ?
Je vous rejoins, je passe au toilette avant.
N’en mets pas partout hein.
Haha très drôle.
pensées
Aller réviser un vendredi après-midi, si on m’avait dit que je ferai ça un jour. C’était marrant au début, mais là je commence à en avoir marre. Et puis, être obligée d’aller à l’autre bout du lycée pour trouver des toilettes propres ça devient pénible aussi, surtout qu’on en a juste à côté de notre salle. Si j’étais moins précieuse aussi parfois, ça me faciliterai la vie, mais bon la flemme aujourd’hui de me retrouver dans les odeurs de pisse de toute la classe. Et puis au moins là on est tranquille, personne ne vient jamais.
elle est arrivée aux toilettes, ferme la porte, descend son pantalon, s’assoie sur la cuvette, elle pense les mots suivant la tête baissées vers sa culotte.
Verdict ? Et non, toujours pas arrivées, c’est que ça doit pas être ça. En même temps ça m’arrange j’avais rien sur moi de toute façon. Tiens d’ailleurs, ils avaient pas prévu de mettre des protections à disposition au dernier conseil du lycée ? Il me semble bien. Ça serait tellement mieux, moi qui ne prévois jamais. Ils vont sûrement mettre dix ans à mettre le truc en place. D’ici là on aura trouvé un moyen révolutionnaire contre les règles. En vrai je sais pas si je vais vraiment rester réviser, je ferai mieux de rentrer. Je vais passer voir les filles au moins, pour leur dire. A coup sûr elles vont m’embarquer de force, ou je vais céder à leur chantage. Moi en vrai le concours je m’en fout un peu, dans ma tête je suis déjà à la fac l’an prochain - C’est effrayant comme le bâtiment est vide à cette heure-ci, on est vraiment les derniers à bosser - Mais bon quitte à être là autant faire les choses bien, c’est sûr. Je suis tellement fatiguée, je sais pas comment mon cerveau continue de fonctionner.
Silence. Elle marche dans les couloirs du lycée. Se frotte le visage, les yeux. Pose sa main sur son ventre. Regarde mécaniquement son téléphone. Elle entre dans le CDI.
J’en reviens pas, elles sont déjà installées, le nez dans leurs fiches, les livres sur les genoux. Elles ne se laissent vraiment pas un moment de répit, c’est presque beau. Rien que de les voir je suis convaincue, je reste, pour la beauté du geste. Mais pas plus d’une heure par contre !
Lundi matin. Louise arrive dans la rue du lycée. Le son des élèves est de plus en plus fort à mesure qu’elle avance.
On respire, on y pense pas trop, c’est pas la première fois que je me fais des films comme ça. C’est pas le jour, c’est pas la semaine pour déconner. On s’enferme dans sa bulle et on réglera le problème après, si jamais il y en a un. Ou est-ce que j’ai foutu ma convocation moi ? Je sais même plus dans quelle salle c’est. La dernière fois c’était la douche froide devant l’amphi, c’était pas du tout là. J’ai du courir à l’autre bout du lycée pour arriver juste à temps. Pas une copine pour m’envoyer un message en plus. On respire. Ah la voilà ! Bon visiblement c’est bien dans l’amphi cette fois. Je vais appeler Camille, on sait jamais… tonalité du téléphone Allez réponds ! messagerie de Camille « Elle doit déjà être installée à tous les coups. Attends, tiens je crois que c’est Zoé devant, je reconnais son sac en cuire. J’aimerai tellement avoir le même, il est vraiment trop beau. Bon allez on se concentre, on respire pour aérer tout ça là haut. Ben, elle va où Zoé ?
Si ça se trouve c’est même pas elle, je vais encore me perdre, c’est pas vrai. Non non, mais sur la convoc c’est marqué l’amphi, fais toi un peu confiance quand même. C’est pas parce qu’il n’y a personne de la classe devant toi que c’est pas là. Peut-être qu’ils sont tous arrivé (c’est encore pire), ou juste derrière.Vérifie. Ah oui c’est bon, je vois Antoine ! Bon, si Antoine est là c’est bon, je suis ni en retard, ni perdue, tout va bien.
Louise arrive près de l’amphi.
Les filles sont pas encore rentrées, ça va. Elles ont l’air détendu c’est cool. La tête que fait Camille par contre, elle a l’air épuisée ! Elle a sûrement révisé tous le week-end, j’espère qu’elle va réussir à tenir la semaine.
Camille se détache du groupe pour venir à la rencontre de Louise
Elle est trop mignonne à me sourire comme ça. Ça me donne envie d’accélérer le pas un tel sourire.
A voix haute
Ca va toi ? Tu as l’air toute fatiguée ?
Ouais ouais, j’ai pas bien dormi cette nuit. J’avais une frise chronologique qui tournait en boucle dans mes rêves. C’est un peu dur.
Ce soir on va prendre l’air, il faut que tu laisse respirer ton cerveau un peu ma belle.
Je sais pas trop, j’ai pas encore fini de revoir le vocabulaire de latin…
Personne ne fait ça Camille, on a un dico, il sert à ça.
Bon c’est pas trop le moment de ravoir la discussion. Dis moi, elles sont arrivées ce week-end alors ?
Non toujours pas, je commence à paniquer un peu là quand même. Je leur laisse jusqu’à demain, après je fais un test.
Je suis sûre que ça va aller.
J’espère…
Allez, viens là ! Un câlin pour la route.
Heureusement qu’elle est là Camille, j’aurai jamais tenu l’année sans elle. Elle a raison, dans tous les cas ça va aller. Ca fait du bien de la serrer fort comme ça. J’ai l’impression de remplir ma réserve d’énergie d’un seul coup, comme quand je prend le soleil. Les yeux fermés, la chaleur, les oiseaux qui chantent au loin, tout y est, ou presque. C’est l’heure. Est-ce que je m’installe devant, comme ça je ne vois personne ? Peut-être plutôt dans le fond ? J’aime pas trop avoir le regard des autres sur mon dos. En même temps ça va me stresser de les voir à fond sur leurs copies. A chaque fois c’est la même chose, pourquoi je me pose pas la question avant de rentrer dans la salle. Putain je bloque tous le monde là…
Tout haut Pardon, oui oui j’avance, pardon.
Je vais me mettre là, sur le côté, près du mur, au milieu c’est bien. C’est un bon compromis. Oui, c’est bien, je le sens bien là. Je suis un peu cachée et j’ai pas une vue panoramique sur la salle. Par contre cette lumière blanche… c’est pas accueillant. Tu vas me dire on est pas là pour ça. Enfin bon, ça leur coûtait rien de mettre des fenêtres. J’aime pas les néons, à tout moment il y en a un qui se met à clignoter et on entend plus que ça, l’enfer. N’y pense pas. Installe toi calmement, respire. Camille s’est mise tout devant forcément. Ah merde, Armand qui s’installe dans la même rangé que moi. Comment je fais pour aller faire pipi moi ? Il bloque tout le passage. Pourquoi je me suis mise là ?! Je vais devoir le déranger à chaque fois que je voudrai sortir. L’enfer, je déteste ça. Je vais boire le moins possible, j’aurai pas envie d’aller aux toilettes comme ça. Et si elles arrivent en plein milieu comment tu fais, hein ? Faudra bien le déranger un moment de toute façon. Il s’est mis là, c’est un peu son problème à lui, t’as le droit de vouloir sortir quand tu veux en fait. Armand est cool en plus, c’est pas lui qui va te faire des yeux noirs pour ça. De toute façon tu vas pas sortir toutes les quinze minutes non plus, donc comme à chaque fois on va limiter la quantité de flotte. En vrai t’y penses jamais à boire. Tu sors toujours de là complètement à sec, il est plutôt là le problème.
Un peu de silence s’il vous plaît. Finissez de vous installer. Pour ceux qui ont oublié de le faire en rentrant, laissez vos sacs en haut de la salle.
A chaque fois c’est la même chose. Quand on pense que ça va commencer il y en a toujours une bonne dizaine qui se lève avec leur sac. C’est pas qu’ils ont oublié, c’est qu’ils voulaient réviser jusqu’à la dernière seconde. Ça n’a jamais aidé aucun cerveau de faire ça. T’aura toujours Laure qui te ressortira l’histoire de la fois où elle avait regardé la courbe d’évolution démographique de la Namibie entre 2008 et 2020 juste avant l’épreuve de géo et que ça lui avait sauvé sa moyenne. Enfin bon, on ne fais pas un théorème avec une fois où ça a marché pour une personne.
C’est bon pour tous le monde ? On va pouvoir distribuer les sujets. Merci d’attendre mon signal pour les retourner.
Respire. Imprègne toi de ce silence, le bruit des feuilles et rien d’autre. Quoi qu’il arrive tu as révisé et tu sais des choses. Ce n’est qu’un entraînement, c’est pour toi. Silence.
Vous pouvez retourner. Vous avez six heures, il est 8h04, l’épreuve se termine à 14h04. Bon courage.
« titre du sujet » Réflexions à ce propos… oui oui je vois. Okay on peut partir là-dessus. Je peux parler de ça aussi…Attention parce que si je fais mon plan comme ça ma première partie va être beaucoup plus importante que les deux autres… Je peux sans doute glisser cette sous-partie là, oui ça marche aussi comme ça. Une citation pour l’introduction ? Un exemple, un fait marquant plutôt ? Citation d’un auteur ? Un surréaliste. C’est trop orienté. Enfin bon, c’est l’époque et c’est dans le sujet. Un truc plus en lien avec ma problématique. Ça vient pas, j’ai pas d’idée, merde ! Attends Louise, on se calme, c’est même pas le moment de réfléchir à l’intro là, finis ton plan déjà, on verra après. Je me sens fatiguée, déjà. En même temps si j’ai un marmot dans le tiroir ça tire forcément. Hyper drôle, super et ton plan ? Je peux pas le garder c’est sûr. Ton plan ou le bébé ? Haha, magnifique, si je commences à me faire des blagues toute seule on a pas finis. Allez Louise focus, on y pensera après. Mon plan, oui voilà. C’est pas parfait mais c’est plus équilibré comme ça, au pire j’ajusterai. Une citation de Churchill peut-être ? Non mais tous le monde va la mettre celle-là. Oui mais si je mets un surréaliste le prof va me dire que c’était pas un devoir de littérature mais d’histoire, je frôle le hors-sujet. Enfin faut être idiot pour catégoriser à ce point les choses.
Le temps passe en accéléré. Louise est concentrée sur son devoir, lève la tête de temps en temps pour réfléchir, regarde autour d’elle, baille etc.tout ça en accéléré.
10h30, ça va je suis dans les temps. Enfin, ça ferait pas de mal de mettre le turbo un peu quand même. Quelle fatigue. Allez, pause café, trente seconde, pour mieux repartir. Le bruit qu’il fait ce thermos à chaque fois que je l’ouvre, on dirait qu’on assassine une porte qui grince. C’est bon Suzanne, pas la peine de me lancer ce regard. Madame « je bois que du thé parce que le café c’est pas bon pour mon estomac. ». Bon elle a pas tout à fait tors non plus, celui que j’ai fais ce matin est un vrai tors-boyaux. J’espère que c’est ça qui me rend malade et pas autre chose. J’ai quand même le ventre gonflé depuis quelques jours, c’est inquiétant. Je sais que c’est un symptôme pré-menstruel, mais bon, ça ne m’avait jamais fait cette sensation. Qu’est-ce qu’il regarde Armand ? Ben oui je mets ma main sur mon ventre, j’ai mal au ventre, ça m’apaise. Concentre toi sur ta copie plutôt que de me dévisager. Pourquoi je m’énerve comme ça ? Il y est pour rien le pauvre, c’est même plutôt sympa
de s’inquiéter pour moi. Non, s’il y a bien un fautif dans l’histoire c’est Raph. A insister comme ça pour qu’on couche ensemble, j’avais vraiment pas la tête à ça. Si je me respectais un peu plus je serai partie. Au milieu de la nuit en pleine campagne, vraiment Louise ? Non mais oui c’est sûr. J’aurai pu aller dormir sur le canapé quand même. Oui bien sûr, avec Rufus qui t’aurai grogné dessus, toi qui adore les chiens, t’aurai passé une super nuit. Il avait pas à insister et tu le sais. Maintenant t’es sans doute enceinte et le connaissant c’est pas lui qui va gérer ça avec toi. Non mais ça serait surprenant franchement, il a utilisé un préservatif, je l’ai vu faire - et senti aussi, super les économies sur le lubrifiant. Le risque zéro n’existe pas, regarde Rachel et Ross c’est comme ça qu’ils ont eu Emma. Je regarde trop la télé c’est pas croyable. Qu’est-ce qu’il a à me montrer sa montre Armand ? Oh merde il est déjà 45 ! Non mais
Louise tu peux pas te prendre un quart d’heure dans la vue comme ça, allez, focus !
Elle replonge dans sa copie, se perd dans ses feuilles de brouillon, continue d’écrire. De nouveau le temps accélère et les mouvements de Louise avec
J’ai plus de poignet, j’en peux plus ! On est que lundi en plus, je vais jamais tenir. Respire. Regarde comme tu as bien avancé, tu as presque rattrapé ton retard. La sonnerie de midi. Je déteste vraiment midi en plein devoir. Le lycée tout entier va manger sauf nous, ça sent les plats du self, à l’odeur ils ont dû faire de la paella. J’aime pas ça mais j’ai tellement faim. Ce ne sont pas mes noisettes ni mes raisins secs qui vont me caler, moi je vous le dis. Ils devraient faire plus de bruit dehors, non mais franchement ! C’est pourtant écris qu’on est en devoir. Allez Louise on continue, plus que deux heures, tu as fais le plus dur. En plus t’arrive sur une partie que tu connais bien, ça va aller tout seul. Okay « b) les femmes et la guerre ».
Contrairement à la légende non non ça va pas. Une idée commune voudrait que les femmes ai commencé à travaillé à partir de 1914. Cette idée est fausse étant donné que les femmes travaillaient déjà auprès de leur mari sur les exploitations agricoles ou encore dans certaines manufactures.
C’est pas hyper bien formulé mais on comprend. Attends, je sais qu’il y a une loi sur le travail des femmes, mais c’est quelle date ? Je pensais que je l’avais noté sur mon brouillon. Attends, peut-être dans une autre sous-partie ? Je me souviens pour les enfants, 41 et 73, non 74. Mais on s’en fout, c’est les femmes qu’on veut! On va mettre fin du XIXème, j’ai pas mieux.
Pour cause, à la fin du XIXème siècle une loi encadrait spécifiquement le temps de travail des femmes dans les usines et interdisait aux industriels de les faire travailler de nuit, sauf dérogation. Les femmes n’ont donc pas attendu la Première guerre mondial pour se mettre au travail. Cependant, les hommes étant partis au front, il est vrai que leur champ de compétence dû s’élargir et qu’on embaucha plus massivement des femmes dans des secteurs qui était réservés aux hommes. Des journées de travail cumulés aux tâches domestiques qu’elles accomplissaient déjà avant la guerre, charge de travail redoublée, loin de l’image idéalisée de l’émancipation des femmes grâce à la guerre.
C’est pas trop mal, peu mieux faire mais ça va. On continue comme ça. Bon, les femmes et la guerre, l’image de l’infirmière, la santé des femmes dans la guerre… oui je peux écrire là-dessus aussi. La natalité, l’aménorrhée de famine… Ah mais voilà ! Ça doit être ça, c’est pour ça que j’ai pas mes règles. Alors oui, peut-être pas la famine, mais c’est connu : le stress, l’environnement ça doit jouer. On est un peu sur la dernière ligne droite pour le concours, me connaissant ça impact forcément mon corps ! En vrai c’est pas complètement idiot comme idée, mais qu’est-ce qui peut nous le prouver ? Ouais bon, la vrai solution c’est quand même le test de grossesse, s’il est négatif ça ouvre d’autres pistes d’explications, bien moins grave en plus. Quoi que… oui c’est sûr que ça m’arrangerai si c’était pas ça, mais bon c’est quand même pas bon signe de pas avoir ses règles. J’ai pas vraiment pas envie qu’on m’apprenne que je suis stérile ou que j’ai un cancer. Une tumeur c’est plus compliqué à enlevé qu’un fœtus, je crois ? Dans les deux cas t’es un peu seule avec toi-même. Ah ouais je me souviens de tata Nadia qui avait dû se faire enlever tout l’utérus… c’était horrible, la pauvre ! Dire que ce connard d’Albert l’a largué deux semaines après le diagnostique. Heureusement qu’on était là avec maman, on faisait pas les fières non-plus, mais au moins on essayait de lui changer les idées quand on passait. Et mes cheveux, t’imagine si je perds mes cheveux ? Ils sont si beau, j’ai mis tellement de temps à les faire pousser, ça serait terrible. Et c’est sûr, c’est pas Raph qui sortirait avec une chauve. Dans les deux cas, marmot ou cancer, je suis sûre que je peux pas compter sur lui. Bon, on en est pas là ! Bois un coup et focus sur ta copie. Respire profondément, la douleur est en train de revenir mais n’y pense pas.
Elle replonge dans sa copie, se perd dans ses feuilles de brouillon, continue d’écrire. De nouveau le temps accélère et les mouvements de Louise avec.
Putain, ça fait une heure qu’elle passe pas, j’écris à deux à l’heure. Il faut que je fasse quelque chose, ça peut plus durer je vais exploser ! Bon allez, je sors prendre l’air, je respire.
Tu veux un Doliprane ?
Merci mais non, j’en ai déjà pris il y a deux heures, je veux pas abuser. Excuse moi du dérangement.
T’en fais pas, vas-y passe et t’inquiète pas pour moi, j’ai bientôt fini de tout façon.
Hé oh dans le fond, on arrête de discuter sinon c’est zéro direct !
Mais quelle peau de vache celle-ci ! Bon allez, je file vite aux toilettes, j’ai l’impression que cette fois elles sont bien là. Respire, détends toi, ça va finir par passer. Il fait déjà meilleur en dehors de l’amphi. Passe toi un petit coup d’eau sur le visage ça fera pas de mal.
Elle fait couler de l’eau dans ses mains qu’elle a jointe, baisse la tete et s’éclabousse le visage. Elle relève la tête et vois son reflet dans le miroir
Ah ouais la vache, je suis livide ! Je comprends mieux le regard inquiet d’Armand !
Elle s’isole et s’installe dans un des cabinets
Verdict ?… et oui c’est bien ça ! Elles se sont faites prier mais pour le coup elles sont bien là ! Ah ouais un vrai flot, merde. Tu m’étonnes que je me sens pas bien depuis tout à l’heure vu la quantité de sang que je perds… Bon, au moins cette fois j’ai ce qu’il faut sur moi, même si j’ai pas pensé que j’aurai besoin des serviettes XL. C’est pas grave, ça fera l’affaire pour la fin du devoir. Merde, la languette qui veut pas s’enlever, forcément… Faudrait pas trop que je traîne, le surveillant va se demander ce que je fout. Il me reste une partie entière à écrire. Pas sûre d’avoir le temps de faire la conclusion. Je ferai ce que je peux. Et cette douleur qui passe pas…
Elle est prise de vertiges, se fige sur place, se prends la tête entre les mains. Wow, des vertiges,intéressant._Elle se cambre et respire difficilement, n’arrive plus à réflechir._ Heu… Attends, parce que… heu… putain, c’est pas possible ces crampes ! Je peux même plus…deux respirations profondse et saccadées. On panique pas. Encore un coup d’eau sur le visage. Ce ne sont que des règles, tu as déjà survécu à ce genre de douleurs… respiration profonde. C’est juste le stress et la fatigue… ça amplifie le truc. Il faut quand même peut-être faire quelque chose là. Bon, respire, focus. Je… elle sort des toilettes
C’est 5min de pause à chaque fois, pas 10 ! Oh mince, ça va Louise ? T’es toute pâle.
Ouais, ouais… je sais pas trop. J’ai mes règles.
Ah merde !
Ouais, comme vous dites… en pensée Il est sympa ce pion, mais pas hyper futé. C’est quand même fou à son âge — bon sang ça tire tellement, respire- c’est fou de rougir encore quand une fille parle de… ses règles. deux respiration profonde et saccadée
à voix haute Je pourrai aller voir l’infirmière ? Je me sens vraiment pas bien là.
Ben c’est pas conforme au règlement, t’es en plein devoir là.
Ben… respiration profonde et saccadée je… sais pas, mais faut faire quelque chose.
Ah ben tient parfait, madame vous arrivez à point nommé.
Qu’est-ce qui se passe encore ? Mademoiselle Louise, je vous préviens vous êtes à deux doigts d’avoir un zéro. Et puis redressez vous bon sang quand je vous parle !
Justement, elle voudrait aller chez l’infirmière, elle ne se sent pas bien.
Oui mais elle est en plein devoir, le jour du concours ça ne se passera pas comme ça.
C’est bien ce que je lui disais !
Allez-y prenez tout votre temps surtout ! Piouf, piouf… moi je suis en train de crever sur place… mais analyser bien le règlement avant de m’accompagner. J’ai mes jambes qui sont en train de me lâcher en plus.
Qu’est-ce qui vous arrive mademoiselle ?
Elle a ses… règles apparemment.
Ah ! C’est que ça ? Vous pouvez bien tenir jusqu’à la fin non ? Il vous reste qu’une heure. C’est pas bien méchant, si ?
Je suis incapable de lui répondre mais je pense que mon regard en dit long. Je vais la tuer si elle fait pas quelque chose tout de suite. Si j’étais en mesure de marcher toute seule… j’y serai déjà à l’infirmerie, bordel !
Ne me regardez pas comme ça ! En plus je ne suis même pas sûre qu’elle soit là le lundi l’infirmière. Au pire vous rendez votre copie et vous rentrez chez vous.
J’ai juste… besoin de… m’allonger…
Elle s’appuie contre le mur et glisse lentement vers le sol. Le pion et la prof ne la voit pas tout de suite faire, ils ont repris leur discussion sur le règlement. Quand ils la voient au sol, se tenant le ventre, madame Henry lève les bras, donne un orde au pion et retourne dans l’amphi en enjambant Louise. Le pion s’en va d’un pas rapide. Au même moment Camille sort de l’amphi et vois son amie assise contre le mur.
J’en peux plus, j’en peux plus, j’en peux plus. J’ai froid, j’ai mal, j’ai tellement mal. Je vous en supplie faite quelque chose !
Lou, ça va aller, je suis là. Tu m’entends ?
J’ai tellement mal, je peux même pas articuler. Je vais au moins hocher la tête, oui je t’entends Camille. Qu’est-ce que tu fou là ?
Je viens de rendre ma copie. Je suis sortie au moment où t’es écroulée. Le pion est allé chercher quelqu’un pour te porter sur un lit. Je peux faire quelque chose ? Oh, pourquoi tu pleures ma belle ?
J’ai si mal, si tu savais Camille. J’ai jamais eu autant mal. J’ai envie de mourir tellement j’ai mal !
Serre moi la main, oui. Je suis là, on va prendre soin de toi. Tu veux de l’eau ? Oui ? Redresse toi un peu. Essaie de détendre ta mâchoire. Oui voilà, respire, ça va te détendre un peu.
Heureusement qu’elle est là. C’est pas les deux autres zozo qui m’auraient aidés. Respire, ça va passer, ça va aller… Tu n’est plus seule.
Essaie de boire un peu. Regarde moi, ça va aller. Tu trembles ma pauvre ! Ça t’es déjà arrivé d’avoir aussi mal ?
Hum… pas aussi fort, non… regard paniqué,grimace oh non ! Ca repars, c’est pas possible, ça ne va jamais s’arrêter !elle se plie en deux et pigne de douleur
Pleure ma belle, pleure si ça te fais du bien, garde pas ça pour toi. Ah les voilà §
Le pion revient avec une collègue
Ben alors, qu’est-ce qui vous arrive mademoiselle ?
Ça serait bien de l’aider, plutôt que de la questionner comme ça. Vous voyez bien qu’elle est pas bien.
Ben Camille, je vous ai jamais entendu parler comme ça, ça va pas.
C’est reparti, ils vont me laisser agoniser sur le sol en discutaillant de ce qui est bien ou pas, du règlement. Ah non, c’est bon, Camille a l’air de les avoir convaincu d’accélérer le mouvement. J’ai l’impression d’être une poupée de chiffon. Ah, mon dieu, c’est tellement douloureux d’être debout ! Ça doit se voir à ma tête d’ailleurs.
Je suis là Lou, je reste avec toi.
Mes affaires… ma copie.
Je m’en occupe ! T’as raison;
Elle reoars dans l’amphi. Le pion et sa collègue aide Louise à se relever.
Me voilà avec les deux gus, ils ont l’air traumatisés de devoir me gérer. Je vois bien sur leur visage qu’ils comprennent pas ce qui se passe. Je suis sûre qu’ils se disent que je fais un peu de comédie pour pas finir mon devoir. C’est bien connu, les règles ça fait pas si mal. Ben si connard !! Ah tiens d’ailleurs, ça repars… j’ai l’impression… de perdre tout mon sang. J’ai tellement mal. Ca doit fuir de partout… Tant pis. J’ai au moins fini ma deuxième partie. On est où là ? C’est quel couloir? Ils croisent des élèves. Me regardez pas comme ça! J’espère que Camille va penser à glisser mon brouillon dans la copie. Comme ça…respiration profonde et saccadée le prof verra que c’étaient pas les idées qui manquaient. N’y pense pas Louise, c’est pas grave, respire. Vous êtes presque arrivé à l’infirmerie. Je crois, oui. J’y vois pas bien clair. Ah si, c’est bon. Tu vas pouvoir t’évanouir de douleur, sans ne plus penser à rien.