La semaine dernière j’ai assisté à un atelier sur la création littéraire avec IA (Intelligence Artificielle), animé par Francis Mizio. J’ai été émerveillée par le potentiel de ce nouvel outil dont parle tout le monde sans vraiment se poser les bonnes questions. J’ai l’impression que la véritable question qui se pose face à l’IA est plus de savoir comment l’utiliser correctement cet outil que de se demander s’il va nous remplacer. Car seul la maîtrise de ce nouvel outil nous permettra d’obtenir des résultats satisfaisant sans que nous perdions au passage certains de nos savoir-faire. Comment faire alors ? La réponse de Francis m’a bien plu : développer l’esprit critique. Ne pas se laisser berner par la machine, connaître ses failles, découvrir ses petis mensonges pour la remettre dans le droit chemin. Ce qui nécessite d’avoir une culture générale large et d’être bon dans un peu tout. Cela signifie aussi donner les moyens (financiers, humain,
éducatifs…) à chacun d’avoir les connaissances suffisantes pour avoir cet esprit critique. Ne pas se laisser mener par le bout du nez par une machine, construite par d’autres humains qui eux savent très bien ce qu’ils font.
D’un point de vu créatif, ce qui est sûr c’est qu’un monde s’ouvre à nous, un terrain de jeux fabuleux pour l’imagination ! Je n’ai donc pas pu m’empêcher de jouer avec ChatGPT suite à l’atelier. Je suis partie de mes lubies du moment: “Affaire Sensible” et “N’oubliez pas les paroles”. Donc deux émissions du service public, l’une narative et l’autre de divertissement. J’ai en effet demandé à ChatGPT de me créer un faux épisode d’“Affaire Sensible” dont le sujet principal serait Nagui, présentateur inépuisable de “N’oubliez pas les paroles”. Certaines phrases de Nagui avaient éveiller mon attention lors de mes derniers visionnages et j’avais décidé d’en faire le point de départ d’un jeu d’écriture, juste pour moi. Je l’ai fait avec ChatGPT. Résultat, j’ai pris un plaisir fou à écrire le prompt et à donner des ordre à l’IA pour se rapprocher au plus près du ton de l’émission de radio, mais aussi pour que ce soit vraisemblable, fluide et nuancé (ce qui n’est pas le fort des IA). Allez,
trêve de blabla, je vous laisse lire le fruit de cet amusement !
Je tiens à préciser que ce que vous allez lire est un texte de fiction à but d’exercice littéraire. Le récit pioche des informations dans le réel pour mieux s’en éloigner.
A l’avenir j’indiquerai à la fin de chacun de mes textes si j’ai fais appel à l’IA pour le travail narratif ou de recherche.
Voix de Fabrice Drouelle, grave, posée :
« Il est l’un des animateurs préférés des Français. Un sourire éclatant, une énergie communicative. Sur les plateaux de télévision et à la radio, il enchaîne les émissions, jongle avec les vannes, distribue des cadeaux, improvise avec ses invités. Pour le public, Nagui, c’est la bonne humeur incarnée, un homme comblé, à l’aise, presque insubmersible. Mais derrière cette image solaire, une autre réalité se dessine, plus sombre, plus brutale. »
Extrait sonore — « La Bande Originale », France Inter (2023) :
(Rires en studio, brouhaha léger, puis Nagui, sur un ton badin mais rapide) :
— « Non mais attendez, vous plaisantez ? Moi, des vacances ? Ha ha ! Si je dors trois heures d’affilée, c’est déjà bien ! » (rires de l’équipe, bruit de claviers qu’on tapote).
Voix de Fabrice Drouelle :
« Une phrase lâchée sur le ton de la plaisanterie. Une boutade, comme il en fait souvent. Mais une boutade qui en dit long. »
Silence. Musique de tension.
« Le travail à la chaîne a-t-il quitté l’usine pour s’installer sur les plateaux de télévision ? Nagui incarne-t-il, à son insu, une nouvelle figure du travailleur moderne, pris au piège d’un rythme industriel imposé par l’audiovisuel ? Derrière la caméra, l’animateur n’est-il finalement qu’un maillon d’une chaîne de production impitoyable, où la rentabilité prime sur l’humain ? »
Extrait sonore — « N’oubliez pas les paroles » (2023), une candidate vient de rater une chanson.
— (Candidate, gênée) : « Ohlala, désolée, je crois que la fatigue joue… »
— (Nagui, léger rire, presque imperceptible soupir) : « Vous, la fatigue ? Moi, c’est ma quatorzième émission aujourd’hui… » (bruit du public qui réagit, générique du jeu).
Voix de Fabrice Drouelle :
« Ces instants fugaces, presque imperceptibles, laissent entrevoir l’épuisement. Comme une machine qui tourne trop vite et finit par gripper. »
Extrait sonore — Interview de Nagui dans une conférence (2022), ton mesuré :
— « C’est un marathon. Cinq, six émissions par jour. Il faut tenir le rythme, ne rien laisser paraître. L’énergie doit être constante. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Et si derrière le sourire de Nagui se cachait une réalité bien plus dure ? Si l’animateur préféré des Français était lui aussi victime d’une cadence infernale, contraint d’enchaîner les tournages comme un ouvrier sur une chaîne de montage ? Ce soir, dans Affaires Sensibles, nous plongeons dans les coulisses d’un métier où l’image du divertissement masque parfois une mécanique implacable. »
Générique de l’émission « Affaires Sensibles »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Avant d’être l’animateur emblématique que nous connaissons, avant d’enchaîner les émissions à un rythme effréné, Nagui était un jeune homme ambitieux, passionné de musique et de radio. Un enfant d’immigrés égyptiens, arrivé en France à l’âge de trois ans, qui allait gravir, une à une, les marches du paysage audiovisuel français. Son parcours est celui d’un homme de son époque, qui a su capter les évolutions du média et se forger une place indiscutable dans l’univers impitoyable du divertissement. »
Extrait sonore — Nagui, interview dans « Thé ou Café » (2011) :
— « J’ai grandi à Cannes, dans une famille où la culture était essentielle. Mon père était professeur de lettres classiques, il m’a transmis l’amour des mots. Mais moi, ce qui me fascinait, c’était la radio, la musique… et l’envie de faire rire. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« À l’adolescence, cette fascination devient une obsession. Pendant que d’autres rêvent de cinéma ou de football, lui ne jure que par le micro. Dès ses années lycée, il se faufile dans les radios locales, apprend à poser sa voix, à capter l’attention. À la fin des années 70, l’onde pirate des radios libres est sur le point d’exploser. Il y voit une opportunité. »
Extrait sonore — Archive INA, reportage sur les radios libres (1981) :
(Voix off) : « Depuis la libéralisation des ondes, les jeunes animateurs se lancent dans l’aventure radiophonique. Ils inventent de nouvelles voix, de nouveaux tons. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« À Paris, il se fait un nom sur Radio Galaxie, puis sur Chic FM. Il comprend vite une chose : il ne suffit pas d’être bon. Il faut être unique. Trouver sa patte, son rythme, son humour. L’auditeur ne doit pas seulement écouter une émission, il doit reconnaître une personnalité. Mais l’ambition de Nagui dépasse les studios de radio. Il veut la télévision. Et c’est là que les difficultés commencent. »
Extrait sonore — Nagui, interview dans « Un jour, un destin » (2018) :
— « J’ai essuyé beaucoup de refus. Je me souviens d’un directeur de chaîne qui m’a dit : ‘Avec votre tête et votre nom, vous n’y arriverez jamais en France.’ Ça m’a mis une claque… mais ça m’a aussi donné une rage de réussir. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Une rage qui devient un moteur. Il accepte tout ce qu’on lui propose, même les petits rôles. Sur M6, il décroche ‘Clip Dédicace’, une émission musicale interactive, puis ‘Tutti Frutti’. Il y applique la recette qu’il peaufine depuis des années : décontraction, humour et proximité avec le public. Mais c’est sur La Cinq qu’il va exploser. »
Extrait sonore — « Que le meilleur gagne », La Cinq (1991) :
— (Nagui, énergique) : « Que le meilleur gagne ! Et aujourd’hui, c’est peut-être vous ! » (générique entraînant, applaudissements).
Voix de Fabrice Drouelle :
« ‘Que le meilleur gagne’ fait de lui une star du petit écran. Son style tranche avec les présentateurs plus rigides de l’époque. Il parle aux candidats comme à des amis, joue avec le public, improvise, crée des moments. Mais ce succès repose sur une chaîne fragile. En 1992, La Cinq s’effondre. »
« Pour Nagui, c’est un coup dur. Il aurait pu disparaître avec la chaîne. Beaucoup d’autres l’ont fait. Mais lui refuse la fatalité. Il comprend une autre règle de la télévision : pour durer, il ne faut pas seulement être animateur, il faut être producteur. Avoir le contrôle. »
Extrait sonore — « Taratata », première émission sur France 2 (1993) :
(Nagui) : « Du live, du vrai, du bon ! Bienvenue dans Taratata ! » (bruit des guitares, applaudissements).
Voix de Fabrice Drouelle :
« ‘Taratata’ est un tournant majeur. Ce n’est pas un simple programme qu’on lui confie. C’est son émission. Il la produit lui-même, à travers sa société Air Productions. Il la façonne à son image, avec un objectif clair : offrir aux téléspectateurs une émission musicale exigeante, tournée vers le live, où les plus grands artistes viennent se produire. Très vite, ‘Taratata’ devient un passage obligé pour les stars françaises et internationales. »
Extrait sonore — Archive « Taratata » (1995) :
(Nagui, s’adressant à Sting) : « Quand vous jouez ‘Englishman in New York’ ici, c’est la même émotion que la première fois ? »
(Sting, souriant) : « Toujours, parce que le public est là… et l’énergie est différente ! » (applaudissements).
Voix de Fabrice Drouelle :
« Nagui n’est plus seulement un animateur. Il devient un expert musical, un passeur, un interlocuteur légitime pour les plus grands artistes. Sa crédibilité grandit. Pourtant, son appétit ne faiblit pas. Car la musique, c’est une chose… mais Nagui, lui, veut toucher tous les publics. »
« En parallèle, il développe d’autres émissions. Des jeux télévisés, des talk-shows, des concepts variés. ‘N’oubliez pas votre brosse à dents’, ‘Tout le monde veut prendre sa place’, ‘N’oubliez pas les paroles’… Il est partout. »
Extrait sonore — Nagui, interview dans « C à vous » (2019) :
— (Nagui, sourire aux lèvres) : « Vous savez, j’ai la chance de faire un métier où on s’amuse. Je me lève le matin en me disant : ‘Aujourd’hui, je vais jouer avec des candidats, écouter de la musique, rire avec des gens formidables’… Franchement, il y a pire ! »* (rire du plateau)
— (Anne-Élisabeth Lemoine) : « Mais tout de même, vous enchaînez plusieurs tournages par jour… Ce n’est pas un peu… intense ? »*
— (Nagui, haussant les épaules) : « Oui, bien sûr, il y a des jours plus durs que d’autres… mais bon… c’est pas une mine de charbon non plus ! » (il rit, léger flottement).
Voix de Fabrice Drouelle :
« Nagui garde le masque, toujours. Il maîtrise son image, revendique sa passion, transforme la fatigue en second degré. Mais ce que les extraits sonores ne montrent pas, ce sont ces petits signes qui échappent à son contrôle. Un regard qui se perd une fraction de seconde, un geste machinal qui trahit l’usure, une hésitation imperceptible dans une phrase pourtant rodée. »
« Accepter tout. Ne jamais refuser. Toujours avancer. Nagui a construit son empire sur cette philosophie. Il est devenu l’un des visages les plus incontournables du paysage audiovisuel français. Mais une carrière menée tambour battant, sans pause, sans ralentissement, peut aussi devenir un piège. Car à force d’être partout… on finit par ne plus être nulle part. »
Musique de tension. Silence.
Voix de Fabrice Drouelle :
« Dans quelques instants, nous verrons comment cet homme, que l’on pensait insubmersible, s’est retrouvé pris dans une mécanique infernale. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Dans le paysage audiovisuel français, rares sont les animateurs qui ont su traverser les décennies sans faiblir. Michel Drucker, Jean-Pierre Foucault, Thierry Ardisson… Tous ont bâti leur longévité sur une image forte et un sens aigu du rythme télévisuel. Mais à la différence de ces figures historiques, Nagui ne s’est pas contenté d’animer. Il a produit, innové, diversifié ses activités. Ce choix a fait de lui l’un des hommes les plus influents du petit écran. Mais il l’a aussi condamné à une course sans fin. »
Extrait sonore — Archive INA, reportage sur la télévision des années 90 :
(Voix off) : « Dans les années 90, un homme émerge comme l’un des animateurs préférés des Français. Nagui, sourire éclatant, répartie immédiate, enchaîne les émissions. Entre ‘Que le meilleur gagne’, ‘N’oubliez pas votre brosse à dents’ et ‘Taratata’, il devient une référence du divertissement. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Son succès est tel qu’il devient un personnage à part entière de la pop culture. Sa marionnette apparaît aux ‘Minikeums’, son timbre de voix est imité dans les ‘Guignols de l’Info’, il est parodié sur les ondes. La consécration ultime ? Être un nom que tout le monde connaît, un visage qui semble faire partie du décor. »
Extrait sonore — ‘Les Minikeums’ (1997) :
(Marionnette de Nagui) : « Salut les petits mecs, on joue ? On rigole ? Que le meilleur gagne ! » (rire enfantin en fond).
Voix de Fabrice Drouelle :
« La gloire médiatique est un piège à double tranchant. Être sur toutes les chaînes, dans toutes les conversations, c’est exister aux yeux du public… mais c’est aussi ne jamais pouvoir disparaître. Il faut toujours être présent, toujours être au top. Car l’audience est une bête vorace : elle encense aussi vite qu’elle oublie. »
« Cette pression, Nagui la connaît bien. Mais il a une arme supplémentaire : il est son propre patron. Avec Air Productions, il ne dépend pas des humeurs des dirigeants de chaînes. C’est lui qui vend ses concepts, lui qui négocie ses contrats. En 2001, sa société est valorisée à plusieurs dizaines de millions d’euros. Il n’est plus seulement animateur, il est un homme d’affaires du divertissement. »
Extrait sonore — Interview Nagui, « Complément d’enquête » (2015) :
— (Journaliste) : « Vous êtes à la tête d’une entreprise qui emploie des dizaines de personnes. Vous êtes aussi producteur, donc quelque part… un patron. »
— (Nagui, sourire) : « Oui… Mais un gentil patron ! » (rire) « J’essaie de créer des émissions où tout le monde se marre, où il y a une bonne ambiance… Après, oui, la télé, c’est une industrie. Et une industrie, ça doit tourner. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Une industrie qui rapporte. Beaucoup. Les cachets de Nagui, cumulés à ses revenus de producteur, font de lui l’un des animateurs les mieux payés de France. Selon certaines estimations, il gagne plusieurs millions d’euros par an. Aux États-Unis, des figures comme Jimmy Fallon ou Ellen DeGeneres ont bâti des empires similaires, alliant animation, production et contrats publicitaires. En France, peu ont réussi cette synthèse. »
« Mais l’argent et la notoriété ne suffisent pas à alléger le poids du rythme. Car pour maintenir sa place, Nagui doit être partout, tout le temps. Il enchaîne les enregistrements, assure la promotion de ses émissions, répond aux interviews. Chaque jour est une course contre la montre. »
Extrait presse écrite — Article de Libération (lu par un comédien de France Inter) :
— (Voix d’un comédien, neutre mais incarnée) : « ‘Il ne s’arrête jamais’, confie un proche sous couvert d’anonymat. ‘Quand il ne tourne pas, il prépare les tournages. Il relit les fiches, il peaufine ses textes. Il est obsédé par le rythme, par l’efficacité. Le moindre temps mort l’angoisse.’ Un autre témoin ajoute : ‘Ces derniers temps, il est plus irritable. Il a du mal à déconnecter. Même en vacances, il pense aux émissions, aux audiences. Parfois, il se trompe de prénom en parlant à un collègue. Ce n’est pas grand-chose… mais ce n’est pas lui.’ »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Une fatigue qui s’installe insidieusement. Il est encore brillant, encore performant. Mais autour de lui, certains commencent à percevoir des signaux. Des oublis, des tics nerveux, des absences. »
« Et puis, il y a cet épisode étrange. Août 2020. En plein été, une affaire de mutilations de chevaux secoue la France. Des dizaines d’animaux sont retrouvés blessés ou tués dans des conditions mystérieuses. Les médias s’emballent. Une enquête est ouverte. Et puis, sur Twitter, une blague douteuse commence à circuler. »
Extrait sonore — Lecture de tweets par un comédien :
— (Voix d’un comédien) : « ‘Et si c’était Nagui derrière tout ça ? Il est partout, il a du temps libre… #ChevauxMutilés’ »
— (Autre voix, moqueuse) : « ‘Nagui, toujours trop speed, il a besoin de se défouler… Pauvres chevaux !’ »
— (Troisième voix, plus inquiétante) : « ‘Nagui impliqué dans l’affaire des chevaux ? Des rumeurs circulent…’ »
Voix de Fabrice Drouelle :
« D’abord une simple blague. Puis un emballement. Certains internautes prennent la rumeur au sérieux, des articles douteux apparaissent. Nagui ne réagit pas. Puis, un matin, il poste un court message. »
Extrait sonore — Lecture du tweet de Nagui :
— (Voix d’un comédien, sobre et fatiguée) : « ‘Les calomnies ont assez duré. Je ne répondrai plus à ces absurdités. Fin de l’histoire.’ »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Un message sec, inhabituel chez lui. L’affaire s’arrête là, la rumeur s’essouffle. Mais quelque chose a changé. Pour la première fois, Nagui s’est retrouvé malgré lui au cœur d’une controverse absurde, sans aucun lien avec son travail. Lui qui maîtrise tant son image a vu son nom associé à un fait divers sordide. »
« Une brèche s’est ouverte. Et l’homme qui, jusque-là, paraissait insubmersible commence lentement à perdre pied. »
Musique de tension, silence.
Voix de Fabrice Drouelle :
« Dans quelques instants, nous verrons comment cette spirale infernale, ce rythme insoutenable, vont finir par l’engloutir. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« L’histoire aurait pu s’arrêter là. Nagui, après des années d’antenne, aurait pu ralentir, souffler, retrouver un équilibre. Mais c’est tout l’inverse qui se produit. Il ne lève pas le pied. Il continue d’enchaîner les émissions, les tournages, les projets. Et puis, un jour… quelque chose bascule. »
Silence. Musique inquiétante.
« Au début, ce sont de petites anomalies. Des moments de flottement imperceptibles. Une hésitation sur une phrase qu’il connaît par cœur. Un regard un peu trop vide. Puis, sans prévenir, les phrases se mettent à tourner en boucle. »
Extrait sonore — ‘N’oubliez pas les paroles’ (2023) :
— (Nagui, sourire figé) : « C’est Élodie la Maestro ! C’est Élodie la Maestro ! C’est… Élodie la Maestro… » (Silence gêné, rires du public)
Voix de Fabrice Drouelle :
« Le public rit. L’équipe technique aussi. C’est un bug, un simple moment de fatigue. Mais les jours passent, et le phénomène se répète. »
Extrait sonore — ‘N’oubliez pas les paroles’ :
— (Nagui, crispé) : « Bloquez-vous les paroles ? Bloquez-vous les paroles ? Bloquez-vous les… » (Silence. Un candidat tente de parler, Nagui reprend, inlassable.)
Voix de Fabrice Drouelle :
« Sur le plateau, les visages se figent. Certains rient nerveusement, d’autres évitent de croiser son regard. Puis, un technicien s’approche. »
Extrait sonore — Son étouffé d’un coup sur l’épaule.
(Nagui s’arrête. Il cligne des yeux, secoue la tête, reprend son sourire.)
— (Nagui, faussement enjoué) : « Ah ! Fallait me réveiller, les amis ! Bon, on reprend ! » (Rires du public, applaudissements)
Voix de Fabrice Drouelle :
« Une scène absurde. Comme si on venait de taper sur un écran cathodique pour le réinitialiser. Comme si Nagui n’était plus qu’un automate enrayé. »
Musique angoissante.
« La séquence fait le tour des réseaux sociaux. Les internautes se moquent. On en fait des mèmes. Des vidéos circulent avec des titres ironiques : ‘Nagui en bug’, ‘Nagui.exe a cessé de fonctionner’. »
Extrait sonore — Montage YouTube, voix artificielle :
— (Voix robotisée) : « Zazie, la marraine de Taratata qu’on embrasse… qu’on embrasse… qu’on embrasse… » (Musique techno sur fond de glitchs)
Voix de Fabrice Drouelle :
« Mais petit à petit, la moquerie laisse place à l’inquiétude. »
Extrait presse écrite — Tribune anonyme, lu par un comédien de France Inter :
— (Voix posée, grave) : « Ce que nous voyons, ce n’est pas une simple fatigue. Nagui est pris au piège d’un système qui le broie. Regardez bien ses yeux. Il n’est plus là. Il est devenu un automate du divertissement. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Et puis, comme souvent, Internet s’emballe. »
Extrait sonore — Lecture de tweets par un comédien :
— (Voix 1, engagée) : « Il faut libérer Nagui ! #FreeNagui »
— (Voix 2, indignée) : « Il est prisonnier de la télé. C’est du ‘Truman Show’ en vrai ! »
— (Voix 3, complotiste) : « Et si on nous cachait quelque chose ? Et s’il avait été remplacé par une IA ?! »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Le phénomène prend de l’ampleur. Des articles fleurissent. Des fans se regroupent. Des forums s’ouvrent. L’un d’eux titre : ‘Nagui est-il toujours humain ?’ »
Musique oppressante.
« Tout cela serait risible… si la réalité n’était pas encore plus étrange. »
Extrait sonore — ‘N’oubliez pas les paroles’, enregistrement de janvier 2024 :
(Nagui, sourire mécanique) : « Et c’est Élodie la Maestro ! Bloquez-vous les paroles ? Zazie, la marraine de Taratata qu’on embrasse ! C’est Élodie la Maestro ! C’est… » (Bruits d’arrêt brutal. Silence.)
Voix de Fabrice Drouelle :
« Un silence glacial. Sur le plateau, personne ne sait quoi faire. L’émission sera finalement remontée, la scène coupée. Mais ceux qui étaient là, ce jour-là, n’ont pas oublié. »
« Car ce soir-là, Nagui s’est figé. Plus un mot, plus un mouvement. Juste un regard perdu. Comme un pantin dont on aurait coupé les fils. »
Silence.
« Et puis, lentement, il a repris. Comme si de rien n’était. »
Musique inquiétante.
« Nagui est-il victime d’un surmenage extrême ? Ou a-t-il été définitivement avalé par la machine audiovisuelle ? »
Silence.
« Après la pause, nous recevrons notre invité Gerard Lambertin pour tenter d’éclairer cette étrange dérive. »
L’invité sera Gérard Lambertin, un vieux militant trotskiste, ancien cadre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).
Voix de Fabrice Drouelle :
« Pour tenter de comprendre ce qui est arrivé à Nagui, nous recevons ce soir Gérard Lambertin, militant historique de la gauche révolutionnaire, observateur acéré des médias et de la culture populaire. Gérard Lambertin, bonsoir. »
Voix de Gérard Lambertin :
« Bonsoir. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Nagui, pris dans une boucle infernale, répétant inlassablement les mêmes phrases comme un automate… Certains y voient une métaphore du système télévisuel. Vous, vous allez plus loin. »
Voix de Gérard Lambertin :
« Oui, parce que cette histoire n’est pas un accident. C’est la conséquence logique d’un monde qui ne supporte plus la singularité. La télévision, aujourd’hui, c’est la même soupe partout. Les jeux, les talk-shows, même les informations sont formatés. On veut que tout se ressemble, que tout soit prévisible, rentable, reproductible. Pas étonnant que ceux qui animent ces machines finissent par en devenir les rouages. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Vous voulez dire que Nagui n’était qu’un rouage parmi d’autres ? »
Voix de Gérard Lambertin :
« Mais bien sûr ! Regardez ses émissions ! Tout est calibré, les jingles, les réactions du public, les blagues, les faux imprévus… C’est du spectacle en conserve ! Et le pire, c’est qu’on nous vend ça comme du ‘plaisir’, comme du ‘divertissement intelligent’. Mais au fond, c’est toujours la même mécanique : une machine qui produit du temps de cerveau disponible, comme disait l’autre. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Certains diraient que Nagui avait quand même un ton différent, qu’il apportait un peu de culture, notamment avec ‘Taratata’… »
Voix de Gérard Lambertin :
« Oh, Taratata, parlons-en ! Il nous vendait ça comme un sanctuaire pour la musique live, un espace de liberté… mais tout était contrôlé, tout était léché, sans aspérité. On est loin du rock’n’roll ! C’était du spectacle, point. Il a peut-être cru qu’il était différent, mais il était comme les autres : il jouait le jeu. Et puis, ne nous mentons pas… »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Oui ? »
Voix de Gérard Lambertin :
« Il l’a bien cherché. »
Voix de Fabrice Drouelle :
(Un temps.) « Vous êtes dur. »
Voix de Gérard Lambertin :
« Écoutez… Nagui, c’était quoi ? Un animateur qui se donnait des airs de mec cool, faussement de gauche, faussement engagé… Il se disait écolo mais produisait des jeux télé hyper énergivores, il se disait féministe mais rigolait grassement avec certains invités… Ses blagues n’étaient même pas drôles ! Alors oui, ça fait peut-être de la peine de le voir réduit à un robot, mais il a joué avec le système, et le système l’a broyé. Rien de plus. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Vous êtes en train de dire qu’il n’y a rien à sauver ? »
Voix de Gérard Lambertin :
« Ah mais si, il y a une chose à sauver : nous-mêmes. Parce que ce qui est arrivé à Nagui, c’est une métaphore de ce qu’on nous fait à tous. Lisez Rhinocéros* de Ionesco. Tout le monde se transforme en rhinocéros, tout le monde devient pareil, accepte cette absurdité sans broncher. Nagui, lui, est devenu un automate qui répète ses phrases. Et nous, on est quoi ? On répète des slogans publicitaires, des éléments de langage… On se formate nous aussi, doucement, sans s’en rendre compte. »*
Voix de Fabrice Drouelle :
« Vous pensez donc que l’histoire de Nagui dépasse largement son propre cas ? »
Voix de Gérard Lambertin :
« Évidemment. Il ne faut pas se tromper de combat : il ne s’agit pas de ‘libérer Nagui’, mais de se libérer nous-mêmes. De refuser cet abrutissement, cette uniformisation. Le jour où on s’en rendra compte, peut-être qu’il sera trop tard… Ou peut-être qu’on pourra encore échapper à la métamorphose. »
Voix de Fabrice Drouelle :
« Gérard Lambertin, merci. »
Voix de Gérard Lambertin :
« Merci à vous. »
Musique de fin, grave, insistante.
Voix de Fabrice Drouelle :
« Un homme englouti par le système qu’il a servi. Une figure du divertissement devenue le symbole de l’aliénation. Nagui n’est plus tout à fait lui-même. Mais au fond, l’a-t-il jamais été ? »
Silence.
Voix de Fabrice Drouelle :
« Affaires sensibles, c’est terminé pour aujourd’hui. Restez à l’écoute de France Inter. »